centrale solaire themis

La centrale solaire à tour Thémis - crédit : Themis pv

Abandonnée pour cause de pétrole pas cher dans les années quatre-vingt, la centrale Thémis reprend du service grâce au projet Pégase.

Situé à Targasonne dans les Pyrénées-Orientales à quelques kilomètres du célèbre four solaire d’Odeillo , la centrale solaire Thémis qui fait partie du projet Pégase (Production d’électricité par turbine à gaz et énergie solaire), piloté par le laboratoire Promes (Procédés, matériaux et énergie solaire) du CNRS à Odeillo, démarre cet hiver et ouvre de nouvelles perspectives au solaire thermique en France.

La centrale solaire Thémis, une histoire mouvementée

Conçue par le CNRS et construite par EDF dans les années soixante-dix après le choc pétrolier la centrale devait permettre de produire de l’ énergie solaire thermique rentable.

Mais après le démarrage en 1983, de nombreuses interruptions, une production faible et un pétrole à nouveau bon marché auront vite raison de la centrale. L’EDF arrête les frais en 1986. Des astrophysiciens prennent alors le relais et installent, à la place des héliostats, des détecteurs de rayons cosmiques. Leurs observations dureront jusqu’en 2004. Cette fois, le site est abandonné, mais pas pour longtemps. « Le réchauffement climatique et la hausse du prix du pétrole sont passés par là », explique Alain Ferrière, chercheur au Promes et responsable du projet. L’énergie propre redevient une priorité, le solaire retrouve la cote.

Fonctionnement de la centrale solaire Thémis et perspective

centrale solaire themis

La tour et les miroirs blancs du projet de recherche Pégase
permettent de produire de l’énergie thermique.
Les panneaux photovoltaïques mobiles en bleu foncé
produisent eux directement de l’électricité
crédit : CNRS

Plus de 200 miroirs plans mobiles, ou héliostats sont braqués vers le sommet de la tour en béton de 101 mètres de haut.
Un fluide caloporteur (des sels fondus) circule au sommet de la tour, là où les miroirs concentrent les rayons du soleil.
Chauffé par les rayons, celui-ci transfère son énergie à un circuit d’eau. La vapeur alors produite actionne une turbine qui produit de l’électricité.

Mais tout est à recommencer… même si l’installation est globalement en bon état. Sur les 201 héliostats, la moitié, selon la volonté du conseil général des Pyrénées-Orientales, propriétaire du site, recevra des cellules photovoltaïques pour la production d’électricité. L’autre moitié sera consacrée à Pégase. « Pas question de refaire Thémis. On a choisi quelque chose de tout nouveau, orienté vers la recherche : un cycle à beaucoup plus haute température, avec de très hauts rendements », souligne Alain Ferrière. Le futur récepteur solaire placé sur la tour aux environs de 2010 et qui recevra les rayons réfléchis par les miroirs devrait monter à 1 000 °C, contre 500 °C auparavant.

Concevoir le récepteur solaire, connaître et maîtriser les transferts à très haute température entre la paroi du récepteur et l’air comprimé figurent parmi les nombreux problèmes à résoudre. « Pégase, ce n’est pas que de la technologie, il y a beaucoup de vrais défis de recherche, en particulier sur la mécanique des fluides et les matériaux », insiste Gilles Flamant, directeur du laboratoire Promes.

Si l’objectif est une centrale qui ne fonctionne qu’avec l’énergie du soleil, le système sera dans un premier temps mixte, et brûlera du fuel afin d’augmenter la température et d’assurer la production d’électricité pendant les périodes de moindre ensoleillement. Mais avant d’en arriver là, les héliostats seront d’abord remis en état, et un projet, financé par l’Agence nationale de la recherche sur trois ans, visera à développer des prototypes de récepteurs. Ensuite, la turbine à gaz, d’une puissance de 1,6 MW (l’équivalent d’une éolienne moderne) et le récepteur final seront installés, aux alentours de 2009-2010. Au total, le budget consolidé se monte à environ 6 millions d’euros sur sept ans, une somme relativement modeste pour un projet porteur d’espoir au sein d’une filière et d’un laboratoire en plein renouveau. « Nous avions une compétence dans le domaine de la conversion de l’énergie solaire, et elle était en sommeil depuis près de vingt ans ! Désormais, elle est redevenue un thème porteur, et Pégase un projet structurant du laboratoire », conclut Gilles Flamant. Pour preuve, le laboratoire Promes s’est ouvert à l’Europe en initiant Sollab et Solface3. Son directeur rêve désormais d’un « campus solaire », qui regrouperait Thémis-Pégase et Odeillo et accueillerait des étudiants de cursus internationaux ainsi que des micro-entreprises. Vu la hausse du prix du pétrole, ses espoirs ne sont pas vains.

  • Sources : Jean-François Haït CNRS

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